The broken Highlands

Le clan Mac Iomhair ne figure dans aucune grande chronique des royaumes d’Écosse. Aucun barde ne chante encore ses exploits dans les salles des grands seigneurs de Stirling ou de Scone. Pourtant, dans les hautes vallées battues par le vent, entre les landes noyées de brume et les collines couvertes de pins noirs, leur nom est connu, craint ou respecté selon les saisons et les querelles. Nous sommes au milieu du XIIIe siècle. Le clan vit dans le Glen Torran, une vallée étroite des Highlands où l’hiver mord longtemps la terre et où chaque récolte arrachée au sol pierreux semble un cadeau de Dieu. Les maisons du village sont de bois sombre et de torchis, couvertes de chaume humide. La fumée des foyers flotte presque sans cesse au-dessus des toits, mêlée à l’odeur des moutons, des chiens et de la tourbe brûlée. La vie des Mac Iomhair est rude et répétitive. Les hommes labourent les maigres champs d’avoine et d’orge avec des araires tirées par des bœufs maigres. Les femmes filent la laine, salent la viande et veillent aux réserves pour les longs mois froids. Les enfants apprennent très tôt à garder les troupeaux sur les hauteurs ou à tendre des pièges dans les forêts. La richesse du clan ne se mesure pas en pièces d’argent, mais en bétail : quelques dizaines de vaches robustes, des moutons à la laine épaisse et des poneys nerveux capables de franchir les cols escarpés. Mais dans les Highlands, aucun clan ne vit en paix bien longtemps. Les Mac Iomhair entretiennent des alliances fragiles avec leurs voisins du clan Mac Ruaidhri, scellées par des mariages et des serments autour de tonneaux d’hydromel. Pourtant, il suffit d’un troupeau volé, d’une insulte lors d’un banquet ou d’un meurtre ancien jamais vengé pour que les haches ressortent des coffres. Les escarmouches sont fréquentes : des raids éclairs à l’aube, quelques maisons incendiées, du bétail emporté dans les collines et des morts abandonnés aux corbeaux. Au-dessus de ces querelles ancestrales plane désormais une menace plus grande encore : l’Angleterre. Au sud, le roi Henri III étend lentement son influence sur les marches et les nobles écossais divisés. Des seigneurs parlent d’hommage, d’impôts et de fidélité jurée à une cour étrangère. Certains chefs de clan y voient une chance d’obtenir richesse et protection. D’autres murmurent que les Lowlands sont déjà à moitié anglaises dans leurs lois et leurs manières. Le vieux chef Domhnall Mac Iomhair refuse ces idées avec mépris. Pour lui, les Anglais sont des étrangers avides qui avancent comme un feu lent à travers les royaumes divisés. Mais son propre clan se fissure. Son fils aîné rêve d’échanges commerciaux avec les villes du sud, tandis que plusieurs guerriers pensent qu’un puissant allié vaut mieux qu’une mort glorieuse dans la boue des Highlands. Entre traditions anciennes, haines de voisinage et ombre grandissante de l’Angleterre, le clan Mac Iomhair survit jour après jour. Et dans ces terres sauvages où les serments comptent davantage que les lois, chacun sait qu’un hiver difficile, une trahison ou une bataille perdue pourrait suffire à faire disparaître le clan pour toujours.